Mon Ado Précoce

Publié par Mormax

Nous y voilà, mon Ado, M.

Très tôt, vers ses 1 an, je me suis dit qu il ressemblait beaucoup à sa sœur, il était plutôt calme, observait beaucoup. Avec le temps, il s est montré très curieux, très vif. Aspect différent : il ne s intéressait pas beaucoup aux livres, ni à la lecture alors que sa sœur a été accro dès le début et elle a su lire vers les 4 ans.

L idée qu il était peut être aussi APIE m a effleurée mais ses aptitudes en maternel, très correctes mais plutôt standards, m ont fait oublier cette idée. En fin de maternel, la maîtresse a demandé un bilan orthophonique car M avait un très léger défaut de prononciation et il bloquait parfois devant certains mots, ils ne lui revenaient pas rapidement à l esprit.

L orthophoniste n a rien décelé de bien grave, il a fait 10 séances et voilà.

En fait, elle aurait dû pousser son analyse car avec le recul, cela était les premiers signes de son problème de Mémoire de Travail.

En CP, il apprend à lire plutôt normalement, l écriture est un peu plus difficile car il est gaucher.

En CM1, il a des séances de soutien en orthographe et en grammaire car c est de plus en plus difficile pour lui dans ces matières. La maîtresse me convoque pour me signaler qu elle pense que M est différent des autres selon elle. Il bouge beaucoup, n écoute pas bien les cours mais que pendant les séances de soutien, il est complètement différent, il est très curieux et sait énormément de choses sur un tas de sujets en comparaison des autres élèves de sa classe. Elle commence alors à me parler de précocité car elle est concernée, ses 2 filles sont EIP. Elle me donne les coordonnées d une thérapeute qui pourra nous donner des conseils pour améliorer sa méthode de travail et exercer sa mémoire. Je lui dis que je connais le sujet car ma fille est aussi EIP mais elle, sans difficulté scolaire.

Nous irons voir cette thérapeuthe jusqu à la moitié de la 4ème, elle a aidé M a accepter ses différences, à gérer ses émotions car il était cash et elle m a aidé aussi a faire baisser la pression et le stress ! Merci M.

De part ses connaissances et le côté très intuitif des contrôles des connaissances en primaire, M arrive à la fin du CM2 sans trop de problèmes.

Il entre en 6è, dans un collège élitiste, il voulait aller au même endroit que sa sœur. Très vite, les difficultés sont apparues, surtout toujours en français et lors de l apprentissage des leçons. Il lui fallait énormément de temps pour apprendre quelques lignes et en plus, avec mon aide. Et le pire, c est que le lendemain, il avait oublié la moitié.

Le collège demande le redoublement en fin de 6è. Je m y oppose car je savais déjà que cela ne servirait pas beaucoup ; même avis de la thérapeute. A la mi 5ème, M est tellement en souffrance pour ses devoirs que je me décide à aller voir une Neuropsychologue. En plus, les profs me disent que M se concentre de moins en moins et qu il perturbe trop la classe. Il accumule les punitions, les remontrances, les réflexions désobligeantes devant les copains. Rien de bon pour son estime de soi ! Et souvent le soir, il s enferme dans la salle de bain pour pleurer et dire qu il est nul....

Quelle douleur indescriptible pour une maman ...

Résultat des tests : M a un Trouble du Déficit de l Attention, avec Hyperactivité de second degré, c est à dire surtout lorsqu il s ennuie mais aussi un léger trouble de la mémoire de travail. D où ses problèmes de mémorisation des leçons !!! Mais nous ne sommes qu en 5 ème .....

Fin 5ème : nouvelle demande de redoublement que je refuse une nouvelle fois mais nous changeons de collège. Les séances de devoirs sont de moins en moins tolérables, nous sommes à crans avant de démarrer, et cela se termine par des pleurs, des cris. Notre relation tourne en conflits permanents à cause de l école.

J ai alors entendu parlé du collège Sainte Claire de Lille qui accepte les enfants avec des Dys ; leurs équipes professorales étant très ouvertes, tolérantes et pas dans la course à l excellence mais à l épanouisssemnt du jeune.

La 4 ème se passe, M est mieux dans ce collège car beaucoup moins de pression et de représailles. Sa prof principale est vraiment très compréhensive et à l écoute car elle est elle même dyslexique. Elle me convoque un jour et me demande si j ai déjà pensé à la précocité pour M !!!!! Enfin un prof qui connait ce profil !!! Je lui dis que je sais que M est EIP mais que je n en parle pas car c est mal vu par les profs lorsque les enfants ne sont pas premiers de classe. Elle me dit que j ai raison, et qu il est préférable de ne rien dire aux autres profs..... No comment !

Les résultats sont corrects au 1er trimestre, mais baissent au second et baissent encore au 3ème. Je suis encore toujours avec lui et derrière lui tous les soirs et les week ends pour la séance devoirs et leçons. Le redoublement est demandé mais je le refuse une nouvelle fois ....

La 3ème : après quelques jours, M me déclare qu il refuse mon aide. Il dit que ça ne sert pas à grand chose car il ne retient pas, n arrive pas à suivre les cours, il décroche au bout de 10 min, soit il bouge, soit il rêve. Il ne veut plus que je "sacrifie" ma vie à lui. Je demande à voir le prof principal pour lui expliquer tout cela. Il est très compréhensif, il me dit que M est dans "un autre monde", qu il est différent, tellement cultivé, mature, un vrai puits de connaissances qu il ne valorise pas. Il comprend que ses troubles d apprentissage ont pu le décourager mais quel gâchis et quid de l année prochaine !

Moi, je m inquiète surtout pour cette année car il va falloir la terminer cette classe de 3ème sans ouvrir un livre, un cahier, sans rendre un devoir ! Et je ne parle même pas du Brevet des Collèges.

C est tout un cheminement d accepter que son enfant arrête sa scolarité en 3ème et sans diplôme ! Que de nuits blanches ! Mais c est le prix à payer pour garder le contact avec lui, pour ne pas le démolir psychologiquement. Depuis le début, je le soutiens, je l encourage, je lui dis qu il y aura toujours une solution, que moi et sa soeur, nous serons toujours là pour l aider. Il est intelligent, il est bien élevé, il respecte les règles, les autres, donc, et comme disent aussi les profs, nous ne nous en faisons pas quant à son futur ...

Oui, certes mais pour le moment, et depuis des années, c est le quotidien qu il faut gérer.

Et M, comment fait il pour gérer toute cette pression, ces journées entières sur les bancs de l école à s ennuyer, à se faire réprimander voir traiter par certains profs ?

Depuis la 5ème, il s évade grâce à son ordinateur. Il dit qu il oublie tout devant son écran, qu il a créé son monde avec ses amis virtuels. Il joue en réseaux, il lit beaucoup les infos, il s informe sur les nouvelles technologies, il suit les lancements des nouveaux jeux et des derniers portables en anglais, il suit des séries, il commence à coder, ...

Vous me direz que cela n arrange surement pas son TDAH, c est vrai mais je reste persuadée que cela l a aussi sauvé d une éventuelle dépression ou phobie scolaire (à ce sujet, il est suivi par une nouvelle psychologue depuis un an, elle surveille surtout les signes éventuels de dépression, état courant avec ce profil).

Au final, son ordi et notre bonne entente que j ai préservée, font qu il tienne le coup.

A ce jour, j espère juste qu il termine sa 3ème afin que ce niveau soit validée pour que M rentre en apprentissage à la rentrée. Je m explique :

Nous avons cherché un stage pour février car obligatoire en 3ème. J ai évidemment cherché une entreprise dans l informatique. J ai appelé au hasard une jeune société spécialisée dans la formation et le dépannage informatique, Cyber-Centre.

Dans la vie, nous faisons parfois de belles rencontres. Pour M, je crois que T sera sa belle rencontre. Je lui explique le profil de M et sa passion pour l informatique. Il veut le rencontrer. Après l entretien, il prend M pour son stage qui va très bien se passer, M apprend beaucoup, forme des personnes qui l apprécie. T comprend très bien M car il a un peu le même parcours et il est donc prêt à l aider pour son futur. Il cherche lui même, de son côté, des pistes d orientation pour l an prochain et il évoque l Alternance.

J y avait déjà pensé avec Mme Laurent, conseillère au CIO de Lille (spécialisée EIP) mais nous avions abandonné l idée car il est trop difficile de trouver une entreprise et M n a pas 16 ans. Maintenant, c est différent ! Je me rends de suite à l ADEFA Lille pour me renseigner ; ils ont une formation en alternance, niveau 3ème, une formation diplômante en Informatique.

Vous imaginez le soulagement ! Il y a quelques jours, je voyais M déscolarisé et en veille au moins jusqu à 16 ans .... Et là, lueur d espoir, il peut rester dans le circuit en passant seulement 2 jours par sem en cours (en CFA) et 3 jours en entreprise, devant un ordi et aidant des gens ! Que du bonheur pour nous, pour lui. J espère qu il va ainsi reprendre confiance en lui, qu il va accepter d apprendre à nouveau.

Conclusion :

Pour les lecteurs et lectrices qui sont restés jusqu au bout de mon témoignage, déjà, bravo !

J avais tout d abord juste besoin de raconter tout ce chemin car très souvent, je me suis sentie bien seule ; nos meilleures amies, même, ne comprennent pas.

Ensuite, si cela peut vous aider à garder espoir et/ou à vous donner quelques ficelles, conseils, alors j aurai tout gagné.

M et moi, n avons pas fini le chemin mais le soleil se profile.

Et surtout, ce que j ai retenu d un psy spécialisé EIP, c est que ces enfants ont besoin de 3 choses : l Amour, l Amour et l Amour.